#3 - Entretien avec Jonathan JANIL

 

Nous avons pu rencontrer le numéro 3 des Boxers et de l’Equipe de France. Il est défenseur. Il a commencé à jouer en professionnel à l'âge de 17 ans. Il a remporté le Championnat de D1 avec Caen. Avec les Dragons de Rouen, il a ensuite enrichi son palmarès avec 3 titres de Champion de France, une Coupe Continentale, 2 Coupes de la Ligue, et 2 Coupes de France. Il arrive à Bordeaux avec son expérience pour aider notre club à faire sa place en Ligue Magnus et surtout à y rester.
Il semble qu'il soit aussi bavard que notre mika Wink Bon lecture ...

Bienvenue à Jonathan Janil.

 

EB – Comment et quand as-tu été contacté par le staff bordelais ? Et pour quelles raisons as-tu choisi Bordeaux ?
Jon – Je ne sais plus trop comment, mais ce sont surement des joueurs qui ont fait savoir au manager Stéphan Tartari que je cherchais à quitter Rouen. A partir de là, on s’est mis en contact. Je pense avoir fait le tour à Rouen, et j’avais envie de me lancer un nouveau défi. Je ne me sentais pas inclus dans le projet rouennais, du coup, j’ai vite cherché à trouver un autre recours pour moi, et c’est le projet bordelais qui m’a semblé le plus intéressant que ce soit sportivement ou à titre personnel pour ma famille avec le cadre de vie.

A Rouen, le projet était très ambitieux, on en discutait avec le manager mais il n’y avait rien de concret, aucun joueur qui signait. Et puis quand on a su que Nico (Besch) avait été contacté, avec Julien (Desrosiers) aussi, cela nous a motivé tous les 3, et cela nous a donné envie de relever le défi tous ensemble à Bordeaux. C’était comme un effet boule de neige, il suffisait qu’un joueur signe pour les autres signent aussi.

EB – Tu peux te présenter, tes débuts, ton parcours ?
Jon – J’ai commencé mon hockey à Caen, jusqu’à mes 20-22 ans. J’ai commencé en professionnel à 17 ans, j’ai connu des saisons en D1, 3 ans en Magnus puis de nouveau en D1 où j’ai joué notamment contre Bordeaux pendant 2 ans, et puis on a été Champions. Ensuite j’ai eu la chance d’être recruté par Rouen où j’ai passé 5 saisons. J’ai aussi eu la chance de gagner beaucoup de titres avec cette équipe de Rouen.
Aujourd’hui, j’avais besoin de nouveaux défis, de nouveaux challenges. J’espère relever le défi bordelais et reproduire un peu ce qu’on a connu à Rouen, et gagner quelques titres, pas tous les titres parce que ce serait prétentieux de le dire pour un promu, mais essayer de remporter quelques coupes ou un championnat à moyen terme avec l’équipe des Boxers.

EB – Tu as retrouvé à Bordeaux certains anciens coéquipiers de Rouen et des joueurs de l'équipe de France. Cela a facilité l'intégration et la création du groupe ? L’ambiance a l’air bonne !
Jon – C’est sûr qu’il a une très bonne ambiance, on s’entend super bien. Pour ma part, je connaissais du monde entre les anciens rouennais et les internationaux, jeunes et moins jeunes, comme Peter Valier ou Kevin Dusseau que j’ai connus en équipe de France, ou Seb Ylönen avec qui j’ai joué à Rouen. Je connaissais aussi quelques Bordelais parce qu’il y avait un bon rapport entre Bordeaux et Caen quand j’étais jeune. Ils sont de ma génération, j’ai joué des matches contre eux, j’ai même été hébergé chez certains. En arrivant je connaissais 70-75% de l’effectif, donc c’est sûr que cela a aidé.
Et puis quand je regardais sur le papier avant de venir les noms qu’il y avait, je savais que c’étaient des bons joueurs et de bons gars, donc ça ne pouvait que bien se passer et 3 mois après c’est confirmé. C’est un bon groupe, qui vit bien et c’est le top, et on arrive à le reproduire sur la glace, ça nous aide à gagner des matches.

EB – En début de saison tu as été blessé. Cela ne doit être un peu rageant de devoir attendre pour entrer dans les compétitions ?
Jon – C’est très très frustrant ! Je n’ai pas l’habitude de me blesser et la seule fois où c’est arrivé, c’était à Rouen, avec aussi une fracture à la main. C’est rageant parce que je sortais de 2 mois sans avoir touché la glace, je suis remonté une semaine et je me blesse. J’avais l’impression de repartir un peu en camp d’été où tu ne montes pas sur la glace. La blessure est frustrante, et c’est d’autant plus frustrant que ça arrive en début de saison alors que tu es plein de motivation. Les blessures font partie du hockey, il faut savoir vivre avec, moi j’ai du mal, je suis un très mauvais malade et un très mauvais blessé, mais ça fait partie du sport. Aujourd’hui ça va c’est du passé, c’est le principal !

EB – En novembre tu es appelé en stage avec l'équipe de France pour un tournoi en Norvège. Avec les différents stages et le championnat du monde, la saison de hockey se termine fin mai. Ce n'est pas un peu long pour les organismes ? Ou tu préfèrerais jouer toute l’année ?
Jon – Je préfère presque jouer toute l’année. Déjà la trêve estivale, je trouve cela très très long. En France, les installations permettent dans très peu de villes d’avoir de la glace, du coup, quand on remonte sur la glace début aout, on a l’impression, pas de recommencer à zéro, mais d’avoir perdu beaucoup de choses. Et on met au moins un mois à se remettre dans le rythme. Je trouve que c’est une chance de jouer en équipe de France, d’abord parce que tout le monde voudrait être en EDF, et puis on vit vraiment de beaux moments au championnat du monde, et ça me permet de prolonger la saison et de profiter encore plus du hockey parce que c’est ce qu’on aime, et c’est le plaisir qu’on a de profiter de ces moments-là.

EB – Avec qui partages-tu ta chambre en stage ? Toujours le même ?
Jon – C’est aléatoire sur les stages. Dernièrement, j’étais avec Damien Fleury, c’est un ancien Caennais, on a un an d’écart mais on a grandi ensemble dans le hockey mineur à Caen. Au début je la partageais avec Julien Desrosiers, voilà ça change, c’est nous qui décidons, on ne nous l’impose pas. C’est Damien Fleury mon roommate !

EB – Pourquoi portes-tu le numéro 3 ?
Jon – Il n’y a pas de raison familiale ou quoique ce soit. J’ai commencé avec le n°18 qui était le numéro de mon frère, puis le n°9 de mon père et en fait je reste dans les multiples de 3  Grin Non plus sérieusement, quand j’allais en EDF quand j’avais17-20 ans, on me donnait systématiquement le n°3, et ça se passait plutôt bien donc peut-être une part de superstition, je me suis dit « tiens je vais garder le n°3 ». Il fallait que je trouve un numéro parce que quand je bougeais de catégories, mes numéros n’étaient pas forcément disponibles donc à un moment j’ai dû choisir un autre numéro que ceux que j’avais, et je me suis arrêté sur le n°3 parce que je l’avais en EDF.

EB – Que penses-tu de cette patinoire de Mériadeck et son public ?
Jon – Pour les matches, la patinoire est vraiment très bien, c’est une belle enceinte. Elle n’a pas encore été complètement pleine et ça on a hâte de le voir, Mériadeck pleine. Je trouve que le public est top. Il y a forcément le groupe des supporters qui met de l’ambiance mais tout le monde suit. Ce n’est pas le groupe de supporters d’un côté et on entend qu’eux, c’est vraiment tout le public qui reprend derrière. J’ai été voir des matches de foot et de rugby, et je sens que vraiment il y a un esprit, un peu fierté bordelaise, un peu le sport « Bordeaux c’est ma ville ». On sent que le public aime le sport et je pense qu’il y a des gens qui viennent au hockey, mais qui vont aussi au rugby. Il y a vraiment un esprit « sport à Bordeaux », les gens aiment ça et venir voir du sport et du spectacle. Ce n’est pas comme j’ai pu voir dans certaines patinoires, des gens assis sur leurs chaises comme au cinéma et on ne les entend pas. Le public n’est pas forcément chauvin d’ailleurs, parce qu’ils aiment le sport surtout. On sent et on voit beaucoup d’entrain du public et c’est une bonne chose.
Au passage, je trouve toujours fou de voir des supporters à l’extérieur, mais dans le bon sens, c’est bien on se sent moins seul  Wink

Le gros point noir pour nous de cette patinoire, et je ne vais rien apprendre à personne, c’est que ce soit un zénith aussi. Je vais donner un exemple sur les 5 dernières semaines, depuis mon retour de blessure, il y a eu 3 semaines d’occultations, donc j’ai eu plus de matches que d’entrainements, et donc j’ai eu 2 semaines d’entrainement. Aujourd’hui c’est vraiment un gros point noir, ça ne joue pas sur nos performances sportives, parce qu’on a de bons résultats mais cela joue sur le moral de certains, cela joue sur le moral de Thierry Brotons qui est à cran parce qu’il doit gérer 100 milles choses, il n’a pas d’aide, il est très demandeur pour que le hockey à Bordeaux se professionnalise (ndlr, nous sommes tristement dans l’actualité). Et derrière on est un peu livré à nous-mêmes : sur les semaines d’occultations, on nous renvoie chez nous, on ne peut même pas laisser notre équipement à la patinoire, il faut vider notre vestiaire. J’ai l’impression de retourner à mes 13 ans, je ramène mon sac à la maison, je lave mon linge, cela ne m’était pas arrivé depuis. Cela peut paraître aberrant ce que je dis mais le hockey et le sport de haut niveau, ce n’est pas cela, on a besoin d’un certain confort dans la gestion du quotidien mais aussi dans les installations et c’est vraiment un point noir, et le club de Bordeaux a vraiment besoin d’être plus soutenu que ça.

Les résultats pour l’instant sont bons, mais ceux qui peinent le plus ce sont nos « nounous », nos coordinateurs sportifs, ils ne comptent pas leurs heures, et je pense que cela joue beaucoup sur leur mental et sur leur vie privée. Ils sont à cran et je peux comprendre.

C’est frustrant, c’est notre patinoire, on se fait mettre dehors. Quand on voit que pendant les concerts, notre vestiaire ne sert à rien finalement, je ne vois pas en quoi nos équipements gênent et pourtant il faut vider le vestiaire. Ce sont des petits détails mais des petits aménagements pour nous, ce seraient déjà beaucoup, c’est important de nous les donner parce que cela aiderait tout le monde.

EB – Samedi vous aviez bien commencé  le match à Rouen. On s'est beaucoup replié en défense. Est-ce qu'on a manqué d'élan offensif ?
Jon – Certes, on partageait la 1ère place avec eux mais c’était notre vrai premier test parce que pour l’instant on n’a pas joué les équipes du haut de tableau. On ne peut pas se cacher que Rouen a une meilleure équipe que nous. On s’attendait à un match difficile. On a marqué 2 buts en powerplay, pas forcément contre le cours du jeu, mais on a eu beaucoup de réussite. Derrière on a peut-être voulu trop géré le score, on a peut-être mal géré notre match mais les Rouennais ont imposé une grosse pression à l’arbitre que ce soit les joueurs ou les supporters. Sans taper sur l’arbitre, je pense qu’il a subi beaucoup de pression et que derrière on s’est fait sanctionner sur quelques pénalités importantes de manière injuste et ça a ramené Rouen au score, ils ont marqué leurs 2 premiers buts en PP et ça les a relancés. Je pense qu’à 5 contre 5, on aurait pu tenir la route.
Ça n’enlève rien à leur victoire, ils ont une équipe qui tourne à 4 blocs avec des internationaux et des étrangers. Aujourd’hui ils sont à la 1ère place, et je pense qu’ils ne vont pas en bouger jusqu’à la fin de la saison.
C’était quand même un bon match, on aurait pu repartir avec 10 buts dans la musette, et on repart qu’avec 4 buts, 2 buts d’écarts avec un but en cage vide, ce n’est pas mal. On aurait peut-être mérité un petit point. Mais on va travailler là-dessus, ça va nous servir à avancer. Depuis le début, on gagnait mais on n’avait pas un jeu irréprochable, et on ne méritait pas toujours de gagner. Aujourd’hui, on est à notre place. Maintenant, il faut travailler et continuer à gagner nos matches contre les équipes qui sont selon nous en milieu et en bas de tableau, et essayer de créer des exploits contre les équipes de têtes, Grenoble, Gap, Rouen, Amiens, Angers, Brest.

EB – Samedi justement, vous affrontez Amiens c'est du lourd aussi ?
Jon – Amiens est capable de battre Rouen. Amiens on sait comment ils jouent, avec Rouen on les a joués l’an dernier, ils n’ont pas changé de coach, c’est une équipe rugueuse, qui donne beaucoup de coups et qui joue très physique, donc il va falloir qu’on soit prêt à relever ce défi. Après, on a 4 blocs qui sont très compétitifs, cela nous aide à avoir des jambes, et à imposer un rythme au match. Il faut s’attendre à un match assez physique parce que c’est leur style de jeu.

EB – Ce soir c’était le derby contre Anglet en CDF. Cela a été très laborieux. On parle un peu du match. ?
Jon – Ouais mais on aurait pu le perdre ce match. Ils marchent au-dessus de la D1, ils écrasent les autres équipes. Je pense que si Anglet était en Magnus, ils feraient peut-être aussi bien que nous, et mieux que certaines équipes. Aujourd’hui on a abordé le match comme si on jouait une équipe de Magnus. Il y a eu une période un peu d’observation pendant laquelle on s’est neutralisé mutuellement. C’est une bonne chose d’avoir gagné, je découvre le derby contre Anglet, je ne connaissais pas, on aurait pu le perdre avec la fatigue des déplacements. On leur donne 2 buts en fin de match, assez facilement : un où on ne joue plus et un qu’on met contre notre camp. C’est sur ce n’était pas le plus beau match de l’année mais il fallait le gagner. Tous les matches ne seront pas beaux, mais si on peut les gagner à chaque fois tant mieux.

EB – Une préférence pour le prochain adversaire en CDF ?
Jon – Tout le monde sauf Rouen et à Rouen. Rouen, on est capable de les battre mais notre objectif c’est d’aller à Bercy, on veut y aller. Il faut battre tout le monde mais si on peut éviter les gros de tête, ce serait bien. Comme dit Martin (Lacroix), c’est « do or die », il n’y a pas d’adversaire parfait, sur un match tout est possible on verra bien. Si on évite les cadors tant mieux, si on peut jouer à domicile tant mieux. Pour aller à Bercy, il faut battre tout le monde. On ne se prend pas la tête, on prend les compétitions les unes après les autres, matches après matches.

EB – Tu as un surnom ?
Jon – Jon ici ou Jean en équipe de France, cela dépend mais rien de particulier.

EB – Avec tes croissants le matin tu prends des pains au chocolat ou des chocolatines ?
Jon – Des pains au chocolat mais depuis un mois je me suis mis à la chocolatine  Tongue.
Je ne dis plus des sacs plastiques mais des poches. J’ai eu le lexique du Bordelais, je m’adapte, c’est gavé bien !!  Grin

 

Merci Jon, on verra à la fin de la saison s’il a absorbé tout le nouveau vocabulaire bordelais. On lui souhaite la bienvenue à Bordeaux et de réaliser certains défis. Nous aussi on veut aller à Bercy pour les encourager lors de la Finale. On compte sur lui pour motiver ses coéquipiers.

 

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Crédit Photo : Jean-Marc Lestage

jonjanil

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